Dans son nouvel essai, Clotilde Leguil, philosophe et psychanalyste, invite à la désobéissance intime.

Considérer le consentement non comme un contrat, mais comme le produit d’un certain rapport à son désir, et, pour cette raison, comme une disposition toujours susceptible d’évoluer, tel est le point de départ de la réflexion que mène Clotilde Leguil dans La Déprise. Le nouvel essai de la philosophe et psychanalyste se présente comme un éloge de la désobéissance intime vis-à-vis de tout destin prédéfini, de toute exigence qui s’imposerait à nous.

Or les relations amoureuses occupent à cet égard une position ambiguë. Si la rencontre, l’« événement amoureux », comme la nomme Clotilde Leguil, « fait surgir une brèche dans le cours des choses », nous libérant des carcans, elle peut aussi être à l’origine d’une forme d’emprise. C’est à ce titre que le livre encourage à la « déprise », dans un double sens : à la fois ce qui nous permet de « consentir à l’imprévisible » de la rencontre, et de ne pas consentir à une relation étouffante.

Cette mise en parallèle, dans un même mouvement psychologique, de l’entrée dans une relation et de la prise de distance qui peut ensuite s’avérer nécessaire, est l’une des idées marquantes de cet essai, qui en présente un bon nombre. On comptera parmi celles-ci l’analogie entre le non-consentement et la révolte politique, inspirée d’Albert Camus : dans les deux cas, le « non » est aussi un « oui », une affirmation par le sujet de son désir et de sa volonté, contre l’ordre en place ou le désir de l’autre.

Un foisonnement intellectuellement fécond

Ce processus de formulation du désir fait clairement signe à la psychanalyse, dont le rôle serait alors de nous apprendre à désobéir. D’où un autre parallèle éclairant, entre l’événement amoureux et l’événement psychanalytique lui-même : tous deux, en bouleversant notre rapport à notre destin, frayent un nouveau chemin vers notre désir.

Si la multiplication des références et des questions abordées par l’autrice tend à perdre le lecteur au milieu d’un argumentaire riche mais parfois décousu, ce foisonnement n’en est pas moins intellectuellement fécond. En parcourant la sphère de l’intime aussi bien que celle du politique et en s’appuyant, à chaque moment de sa réflexion, sur des exemples littéraires et cinématographiques variés, Clotilde Leguil illustre l’importance des pas de côté dans tous les domaines de l’existence.

Il s’agit, en particulier, de réaffirmer la valeur des relations amoureuses, en les considérant comme une source de découverte, dans une période où l’attention légitime portée aux abus qu’elles engendrent fait peser sur elles un climat de méfiance : « Sans pour autant méconnaître les fragilités auxquelles nous confronte le lien à l’autre, et les relations de pouvoir qui trahissent quelquefois le consentement d’un sujet en l’instrumentalisant, nous avons besoin de faire place encore à l’événement amoureux comme bonne rencontre. » Cet appel à repenser l’amour, ancré dans l’actualité, trouve d’autant plus de force qu’il découle d’une démonstration convaincante et nuancée.

Clotilde Leguil, « La Déprise. Essai sur les ressorts intimes de la désobéissance » , Seuil, « La couleur des idées », 272 p., 21 €, numérique 14 €.

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