Replonger dans les classiques de la littérature afin de décrypter les relations humaines, en particulier dans le monde de l’entreprise : « Prenez César Birotteau. Tout est dit, décrit, analysé : du pouvoir de l’argent, du désir de puissance, de la compromission, de la fatuité, de la médiocrité, des égoïsmes en politique comme dans les affaires. »

Pour qui veut saisir les subtilités des relations humaines, rien de mieux que la littérature. A l’heure où l’on a écarté, dans les entreprises, tout ce qui fait la saveur des échanges au nom du dieu « process », nombre de situations managériales pourraient trouver un éclairage stupéfiant au fil des pages d’un Balzac, d’un Flaubert ou encore d’un Molière.

« La littérature (…) éclaire, infléchit notre histoire. C’est la littérature française, avec Balzac, Stendhal, qui énonce et dénonce la nouvelle tyrannie des rapports d’argent, la profanation de tout par l’esprit de lucre », rappelle l’écrivain Pierre Bergounioux (Exister par deux fois, Fayard, 138 p., 20 euros). « Celui qui lit délocalise et détemporalise tout mental : il fait sécession, se soustrait au commerce des vivants. »

PROFONDEURS INACCESSIBLES À LA PENSÉE

Voilà pourquoi, selon lui, « la littérature est inséparablement révélation et libération ». Tel un sismographe, l’écrivain trace les mouvements de notre écorce sociale et politique, à des profondeurs inaccessibles à la pensée. A nous d’en déchiffrer le sens. « Prenez Balzac dans César Birotteau. Tout est dit, décrit, analysé : du pouvoir de l’argent, du désir de puissance, de la compromission, de la fatuité, de la médiocrité, des égoïsmes en politique comme dans les affaires », souligne Laurence Viénot, à la tête d’un salon littéraire qui reçoit de grands écrivains.

Chasseuse de têtes pendant trente ans, elle décide de faire entrer la littérature au sein de l’entreprise. Car les écrivains ont une vue synoptique. Ils ont accès à ce qui échappe à la conscience des hommes en situation. Tel un phare, la littérature est éminemment salvatrice.

Pierre Bergounioux, Exister par deux fois, Fayard, 2014, 138 p., 20 euros.

Sophie Péters

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