Nissin Food Holdings, le géant nippon de la nouille instantannée, “réprimande” désormais ses employés avec des repas austères quand les objectifs boursiers ne sont pas tenus.

L’ordinateur “Apple 1” n’est pas la seule invention révolutionnaire née dans un garage. En 1958, Momofuku Ando, le fondateur du groupe japonais Nissin Food Holdings, avait, lui, créé dans un minuscule atelier garage, les premières nouilles instantanées de l’Histoire. Un procédé qui a facilité la vie de milliards de personnes, notamment en Asie.

Cherchant à régénérer cet esprit créatif chez ses équipes, la société nippone vient de complètement réaménager la cantine de son siège, dans le quartier de Shinjuku à Tokyo, en un “garage” bigarré comparable à celui de l’ancien PDG. Et si ce nouveau décor ne suffit pas, le groupe pense pouvoir compter sur une très originale organisation des menus du restaurant de l’entreprise.

“Gohobi Day”

Depuis le 1er avril dernier, Nissin indexe la qualité des repas servis à ses employés aux performances de l’action du groupe à la bourse de Tokyo. Chaque mois, un objectif de cours est ainsi défini par la direction. Si le titre atteint ce niveau, la cafeteria “rebaptisée Kabuteria” – “kabu” signifiant action boursière – améliore la qualité des plats et sert des repas de fête au moins deux fois au fil du mois suivant.

Lors de ces “Gohobi Day”, ou “jours de récompense”, des banquets exceptionnels, tels que la découpe d’un thon maguro entier – dont le prix évolue autour des 10.000 euros – sont organisés en présence de réprésentants du management.

En revanche, si le cours cible n’est pas dépassé, des repas beaucoup plus frugaux sont servis à plusieurs reprises, le mois suivant, dans la cantine. S’inspirant des menus scolaires des années 60, où les conditions économiques étaient plus difficiles dans l’Archipel, Nissin ne sert ainsi ces deux jours symboliques, baptisés “jours de réprimande” que quelques légumes bouillis, un petit pain, une mandarine et une petite bouteille de lait à ses équipes.

“Nous ne communiquons pas sur les dates auxquelles sont organisés ces repas austères pour que les employés n’aillent pas manger dans un restaurant extérieur ce jour-là”, souffle Daisuke Okabayashi, l’un des responsables de la communication de la société. “Avant les employés ne s’intéressaient pas du tout à la valeur de l’action du groupe. Maintenant ils y sont beaucoup plus sensibles”, assure le cadre.

Favoriser l’esprit d’initiative

Ces initiatives, qui seraient, selon la direction, bien accueillies par les 400 employés du siège, doivent, en théorie, inciter les équipes à proposer de nouvelles initiatives pour alimenter la croissance de la société qui reste très dépendante du marché japonais.

Omniprésente dans les supermarchés et les “konbini” – supérettes ouvertes 24h/24 – Nissin contrôle près de 50% du marché de la nouille instantannée dans l’Archipel. Mais si ces ventes, qui représentent 80% de son chiffre d’affaires mondial, lui assurent une bonne profitabilité, elles l’expose dangereusement à l’essoufflement de la demande domestique. “Du fait du déclin démographique, la taille du marché japonais ne va plus grandir”, rappelle Daisuke Okabayashi, qui pointe une nécessaire croissance sur les autres marchés asiatiques ainsi qu’aux Etats-Unis, où le groupe est bien implanté.

En mai dernier, la direction de Nissin Food Holdings avait révélé qu’elle espérait atteindre, à l’horizon 2021, une capitalisation boursière de 1.000 milliards de yens, soit 8,7 milliards d’euros. Mais ces dernières semaines, la société qui “vaut” actuellement 662,5 milliards de yens, a, comme toutes les multinationales japonaises, vu son titre souffrir de l’appréciation de la monnaie nippone. Les traders continuant de gérer leurs portefeuilles plus en fonction de l’évolution du taux du yen que des performances réelles des sociétés cotées à Tokyo.

YANN ROUSSEAU

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