Des religieuses s’élèvent contre le travail ingrat et peu rémunéré que certaines effectuent au service des hommes d’Eglise.

Au Vatican les religieuses ne s’occupent pas que du salut des âmes des fidèles mais aussi, et surtout, du confort des prélats.

C’est en tout cas ce que dénoncent trois soeurs dans la dernière édition du magazine mensuel « Femmes Eglise Monde » distribué avec l’organe officiel de presse du Saint-Siège, « L’Osservatore Romano ».

Exploitation

Elles exposent l’exploitation dont sont victimes les religieuses employées au service d’hommes d’Eglise et qui « se lèvent à l’aube pour préparer le petit déjeuner et vont dormir une fois que le dîner a été servi, la maison mise en ordre, le linge lavé et repassé… ». Une exploitation la plus souvent gratuite et sans aucun encadrement légal puisque, toujours d’après le témoignage publié par le supplément de « L’Osservatore Romano », « les soeurs n’ont pas d’horaires précis et réglementés, comme dans le monde laïc, et leur rétribution financière est aléatoire, souvent très modeste ».

Des femmes effectuant des tâches subalternes au service d’une hiérarchie ecclésiastique entièrement masculine : cette situation n’est souvent pas exempte de « véritables abus de pouvoir » expliquent les religieuses qui se font l’écho d’« une rébellion intérieure très forte ». « Je connais des religieuses qui sont docteurs en théologie et qui ont été envoyées du jour au lendemain faire la cuisine ou la lessive », raconte soeur Paule. « Derrière tout cela se cache l’idée qu’une femme vaut moins qu’un homme, et en particulier dans l’Eglise catholique, qu’un prêtre est tout et une nonne rien ».

Elles viennent souvent d’Afrique, d’Asie ou d’Amérique latine, envoyées par leur mère supérieure qui, elles aussi, ont leur part de responsabilité dans cette situation en bridant l’ambition des religieuses sous prétexte qu’elles ne doivent pas « être orgueilleuses ». Lorsqu’elles tombent malades ou deviennent trop âgées, elles sont parfois renvoyées dans leur pays d’origine et remplacées « comme si elles étaient interchangeables », critique soeur Paule.

Ne pas « sombrer dans le féminisme »

La place des femmes dans l’Eglise fait l’objet depuis de nombreuses années d’un débat auquel le Pape François semblait être ouvert. En mai 2016, s’adressant à l’Union internationale des supérieures générales il avait déclaré : « Quand on vous demande une chose qui relève davantage de la servitude que du service, ayez le courage de dire non », avant d’ajouter qu’il ne fallait néanmoins pas « sombrer dans le féminisme ».

Au début du mois d’août 2016, il a également institué  une commission chargée d’étudier le diaconat féminin tout en excluant l’ordination des femmes. Mais si l’accès à la prêtrise leur reste pour l’instant exclu, le respect de leur dignité au sein de l’Institution qu’elles servent ne devrait rien avoir d’hérétique ou de blasphématoire.

OLIVIER TOSSERI

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